La vida de Linda

 

Ouh ! la vilaine maman qui achète des poneys à sa fille, qui lui offre des poupées et des autocollants de fleurs.

Oui, je suis une môchante môman ! Je met ma fille dans un carcan sexué. La fille, ça joue à la dînette. Le garçon aux petits voitures. Point.

 

Oui.

Et non.

Ma fille aime ça, les petits poneys. Si je la fais choisir entre un poney et une voiture, elle prend le poney. Une voiture ou une poupée : la poupée. Des chaussures à fleurs roses ou des baskets : les chaussures à fleurs. Par contre, elle préfère mettre un jean qu'une robe. Comme elle veut. Jean ou robe, je m'en fiche, du moment qu'elle est propre et saillante.

Comme ses jouets, du moment qu'elle y prend plaisir, des voitures ou des poupées, peu me chaut.

Ma fille aime le rose et les paillettes. Je ne vais pas l'en priver juste parce que le "slogan" du moment c'est de dire que la sexualisation des jouets c'est caca.

Dans le même mouvement, certains essaient de se disculper de leur choix en incriminant le fabriquant.

Oui.

Et non.

 

Si vous me lisez depuis un bout, vous savez que je travaille dans le domaine du jeu. Pour Noël, nous avons demandé à nos clients et à des quidams moyens quelle couleur ils souhaitaient pour notre cuisinière. Une très grosse moitié a choisi...Rose bonbon. Nos fabricants ont donc fait une cuisinière rose bonbon. Une fois en boutique, des cris se sont fait entendre : "Bouh ! Vous avez mis du rose ! Et les garçons alors." Et pourtant, c'est VOUS, clients, qui avez voulu cette couleur. Et maintenant vous rouspéter.

Un autre exemple parlant :


Une cliente cherchait une tente pour son petit-fils. Je lui montre un château fort (bien bleu). Et là, c'était parti : "Sexualisation des jouets, gna gna, gna, pas bien, fille = rose, garçon = bleu, gna, gna".
J'ai proposé à cette dame de prendre alors le château rose avec des coeurs. Car si cela la choque, cette sexualisation, elle n'a qu'à, justement, s'y opposer et prendre la rose.
Elle a pris le bleu en baissant les yeux et en rougissant.

On me demande souvent pourquoi les boîtes mettent plus facilement en scène des garçons sur les jouets mixtes. La réponse est simple. Pour une fille on se fiche (voir on est fier) de prendre une boîte avec un garçon, si la boîte met une fille en scène,quasiment aucun garçon ne se verra offrir ce jouet. Il faut savoir aussi, qu'un jouet n'est pas un objet figé. Rien ne vous empêche de customiser l'objet. Rien ne vous empêche de remettre une couche de peinture pour que la voiture bleue devienne rose, de faire une couture pour transformer une robe d'infirmière en blouse d'infirmier par exemple.

D'ailleurs parmi tous mes clients une seule famille offre indifféremment du rose ou du bleu à leurs deux garçons, les petits jouent aussi bien à la dînette et aux voitures. Une seule famille sur des milliers qui passent.

Avant de crier au scandale, regardez votre comportement. C'est votre façon d'appréhender le jouet qui le rend fille ou garçon. La voiture n'a pas de sexe, c'est l'enfant à qui vous allez l'offrer qui a un sexe et y met un sexe. Si vous dites une voiture est pour les garçons, votre petit l'intégrera. Si vous dites une voiture est un jouet. Le jouet restera mixte. Un jouet est porteur de valeur, d'intéret de jeu, il ne doit pas être porteur d'une sexualisation que vous y mettez.

Agissez comme ma cliente et là, et seulement à ce moment là, les jouets retrouveront leur fonction de jeu et non plus vecteur de cliché antédiluvien.

 

vignette les pavés dans la mare

(et un pavé, un !)