Au collège, je lisais OK Podium. Entre deux histoires de célébrités, on nous expliquait comment embrasser et être sûre que c’est bien le copain qu’il nous faut et surtout qu’il nous aime. J’avais 13 ans.

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(journaux collection)

Au lycée, je feuilletais le jeune et jolie des copines. Entre deux articles, on nous expliquait comment faire l’amour avec Roméo. Le seul et unique Roméo. Comment se protéger, baiser avec Roméo, flirter, baiser avec Roméo, pleurer, baiser avec Roméo, se maquiller, baiser…bon vous avez compris le principe. J’avais 16 ans. En terminal, mes camarades de classe me diront que je dois quitter mon flirt parce qu’il est blanc et que la mode est de sortir avec un arabe. La sexualité et l’amour sont donc une affaire de mode. J’ai 18 ans.

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(week-end)

A la fac, j’achetais 20 ans. Parmi les articles de hautes volées (c’est toujours de la grande littérature, les magazines pour minettes), on nous démontrait par A+B que le seul moyen d’avoir une sexualité épanouie (et donc d’être heureuse) était de se taper des mecs comme on change de chemises. Si tous ne te sont pas passés dessus c’est que t’es un thon. C’est bien connu, Jules (ce n’est plus Roméo, il est parti avec Titania avant de découvrir qu’il était raide dingue de Hamlet, mais lui il se tapait Othello, heureusement pour eux, le petit chat d’Agnès était mort et elle cherchait du réconfort auprès de Scapin qui était le frère au 5eme degrés d’Ophélie, l’ex du Cid qui est le neveu d’Othello*…ou j’en étais moi… ah oui..Jules: ) ne se tape que des bombes sexuelles interchangeables. Exit les cours de capotes, bienvenu le courrier des lectrices : « Au secours, je suis enceinte et je ne sais pas qui est le père. Aidez-moi je n’ai que 17 ans ». J’avais 19 ans et je prenais la pilule.

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(actualité en ligne)

 

A l’âge adulte, je compulsais Cosmo. Et là, c’était la fête à la foufoune à chaque page. Du cul, des histoires de cul, des vêtements spécial plan-cul, etc.

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(Magxone)

 

Puis vint l’âge de raison. L’abandon de ces magazines. La vie la vraie. L’emménagement avec Monsieur Pinpin, le mariage puis la naissance de la pitchounette.

Je suis enceinte pour la première fois et je lis Neuf mois. Chaque mois, on m’assène qu’à chaque stade de grossesse, je dois faire l’amour. Au début comme d’habitude, au second trimestre c’est l’explosion, le retour de la fête à la foufoune, et le troisième trimestre la levrette et la cuillère sont au programme. On me met sous cerazette après l’accouchement avant de me mettre un implant. « Mais non Madame, les hormones ne coupent pas la libido. C’est dans votre tête », disent les médecins et les magazines.

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(neuf mois)

 

Amandine vient de naitre. Me voilà à lire frénétiquement Parents. Là encore, on me parle sexualité. Je dois reprendre ma sexualité deux mois après l’accouchement, c’est obligatoire sinon le Papa va se prendre une maitresse.

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(mamyfactory)

4 ans plus tard, aujourd’hui, je réalise que toute ma vie de femme a été savamment orchestrée par d’autres. Du moins, ils ont essayé.

Rappelez-vous.

A 13 ans, on doit flirter et embrasser avec la langue.

Gros fail de ma part. Mon premier flirt, j’avais 18 ans. Il était prof de français et blanc, je devais le quitter pour un arabe, vous vous souvenez ?

A 19 ans je prends la pilule. C’est donc que ma vie sexuelle a commencé. Si j’en crois ces journaux, cela fait 3 ans que je me tape tous les beaux gosses du coin (les thons ne couchent pas rappelez-vous?). Second fail. Monsieur Pinpin est entré dans ma vie et il est mon premier (et seul) homme. Il était prof de français et blanc, je devais le quitter pour un arabe, vous vous souvenez ?

Vous l’aurez compris. A l’âge où je dois multiplier les expériences, je suis avec Monsieur Pinpin.

Ma grossesse fut un désert sexuel. Monsieur avait peur de faire mal au bébé et ayant failli accoucher à 25 semaines de grossesse vous comprendrez qu’on n’a pas insisté.

Retour de couche. « Si tu me touche je te démonte la tête ! » Genre, t’as la foufoune en chou-fleur, les hémorroïdes qui sortent, une cicatrice pas possible pour certaines, ton entre jambe a été un hall de gare pendant plusieurs heures…tu crois vraiment que t’as envie de faire cra-cra avec tout ça ?

Et là, le monde découvre 50 shades of Grey. Les femmes se pâment « Aaah Christian prend-moi, flagelle-moi » et moi je vomi. Je pensais que ma libido reviendrai avec cette lecture. Du moins c’est ce qu’on me promettait…Comment peut-on porter au nul un livre qui sous couvert de réveiller la libido des mamans nous explique que la vraie sexualité est celle où l’humiliation et la domination féminine sont la règle.

Et puis, il y a peu, j’ai fait retirer mon implant. Et oh! Miracle ! ma libido est revenue ! Mince alors moi qui croyais que c’était dans ma tête.

Tout ça pour dire que ma sexualité, est à moi ! C’est moi qui choisi. C’est une histoire entre ma foufoune et moi. Point final.

Si vous n’êtes pas d’accord, l’espace commentaire est là pour vous. (Si vous êtes d’accord aussi d’ailleurs)

 

 

* Vous aurez bien sûr reconnu les personnages de divers pièces de Shakespeare, Molière et de Corneille.